Dans le cadre des journées franco-suisses d’intelligence économique et de veille stratégique, Jveille, qui ont lieu cette année le 11 juin 2026, la HEG-Genève accueille une communauté aussi discrète que bien informée pour parler de travail d’investigation.

Environnement saturé de données, information continue et intelligence artificielle. Ce cocktail démultiplie les capacités de collecte et d’analyse. Face à cette accélération demeure une question centrale : comment en extraire des éléments réellement utiles à la décision ? C’est précisément là que le renseignement basé sur les données publiques et le renseignement humain entrent en jeu. L’un explore les traces accessibles. L’autre permet d’accéder à ce qui ne se voit pas immédiatement. A l’occasion des journées franco-suisses Jveille, des expertes et experts de la veille stratégique, du renseignement, du journalisme et de l’intelligence économique croiseront leurs regards sur cette thématique peu connue du grand public.

Deux approches, un même objectif

Pour Le Contractuel, expert en renseignement en sources ouvertes, l’Open Source Intelligence (OSINT) désigne « la collecte, le recoupement, l’analyse de données et d’informations accessibles ouvertement afin de produire des renseignements dans le but d’éclairer une prise de décision ». Ces sources ouvertes peuvent être physiques ou numériques, gratuites ou payantes. Quant à l’Human Intelligence (HUMINT), il repose sur une source humaine, interrogée en face à face, par téléphone, visioconférence, message ou courriel. Il s’agit d’une information de terrain, bien souvent non publique. Derrière ces définitions se cachent surtout deux approches complémentaires qui se renforcent mutuellement.

Grâce à la surveillance d'informations utiles par le biais de sources publiques, la force de l’OSINT réside dans « l'accessibilité et l'automatisation » des données selon Fabien Noir, consultant. À l’inverse, l’HUMINT permet d’obtenir des informations « non encore publiées ». Toute la puissance réside, selon lui, dans ce « encore » : accéder à une information avant qu’elle ne devienne publique. Le Contractuel ajoute que certaines sources humaines sont exploitées par mail, sur des messageries ou des réseaux sociaux via des échanges écrits.

Cette distinction est particulièrement importante dans les métiers de la veille, du renseignement et, notamment dans le journalisme d’investigation. Dimitri Zufferey, journaliste en documentation à la RTS, rappelle que l’OSINT permet une « reconstitution patiente du factuel vérifiable » à partir de sources accessibles à tous : archives publiques, registres commerciaux, métadonnées, images satellites ou réseaux sociaux. Malgré leur richesse, ces données ne disent pas tout. « Ce que l’OSINT ne donne pas, ce sont les intentions, les arbitrages, les décisions prises à huis clos », précise le journaliste.

L’humain plus important que jamais

Le rôle du renseignement humain, l’HUMINT, est précisément d’éclairer les motivations, les perceptions, les échanges invisibles dans les traces documentaires. Une source humaine peut expliquer pourquoi une décision a été prise, révéler un contexte, ou apporter un détail absent des données ouvertes. Mais il faut rester prudent. « Aucune affirmation issue d'une source humaine unique ne peut être tenue pour établie », rappelle Dimitri Zufferey.

Le recoupement des sources est essentiel. A l’ère de l’intelligence artificielle, Mickaël Réault, CEO d’une entreprise de veille stratégique, souligne combien « l’information glanée dans le monde réel est précieuse » et combien elle « se combine parfaitement avec la veille stratégique », qui ne peut se limiter aux seules sources numériques. Un constat partagé par David Borel du Swiss Center for Business and Technology Intelligence, qui considère que « l’OSINT et l’HUMINT sont les deux faces d’une même démarche : produire une information fiable pour permettre une prise de décision éclairée. »

Au-delà de la collecte d’information, il s’agit aussi de recouper, d’analyser et de contextualiser afin de produire un renseignement exploitable grâce à l’identification de faisceaux d’indices, au croisement de données et à l’analyse de signaux faibles. Les dossiers OSINT comportent ainsi généralement une phase de collecte factuelle et une phase d’analyse destinée à produire un renseignement utile à la décision.

Si de nombreuses investigations OSINT peuvent produire des analyses solides sans recourir à l’HUMINT, notamment pour ne pas alerter une cible sensible, le renseignement humain apporte une profondeur supplémentaire. Experts, témoins ou sources internes peuvent changer la compréhension d’une situation complexe. Finalement, comme le rappelle Fabien Noir, « ce n'est pas une ou l'autre technique qui prime, mais la juste combinaison des deux. »

Merci à Stéphanie Haesen, chargée de cours HES dans le cadre du CAS en Competitive Intelligence et membre du comité d’organisation JVeille pour son travail de vulgarisation.

 

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